Le Laos… – Partie 1

Le Laos… – Partie 1

L’expérience que nous vivons au Laos sera probablement plus difficile à retranscrire que celle vecue jusqu’ici, dans les autres pays. Parce qu’elle est intense, riche en émotions, en dépassement de soi, … Et tout ça influe sur notre perception de ce que nous vivons. Je m’essaie quand même….

Tout d’abord, le décor (nous avons suivi les routes 6, 1C, 7 et 13, depuis le 16 mars, jusqu’à aujourd’hui le 3 avril, passant par Viengxay, Sam Neua, Phônsavan, Vang Vieng, direction Vientiane) : le Laos est un pays montagneux au nord, plus plat au sud. C’est la partie nord que nous avons décidé de découvrir. Par goût de l’aventure ? Oui ! Dès notre arrivée par la frontière de Na Meo, un retour au calme sur la route. Fini le trafic et les coups de klaxon. Mais aussi, oublions les lignes droites et les dénivelés zéro…

Nous traversons de nombreux petits villages, plongés dans une atmosphère rurale, simple et authentique. Le plus souvent, une rue principale, des maisons construites en bois de chaque côté, des rizières asséchées à cette époque de l’année, des boeufs, poules, coqs, etc. Certains villages s’étendent un peu plus, d’un côté ou de l’autre de la rue principale, autour de chemins de terre.

Les villages sont bien plus isolés que dans les pays limitrophes visités auparavant. Situation géographique oblige. Leur organisation semble très différente… puisqu’ils doivent être plus autosuffisants (hypothèse). Nous ne trouvons plus de buis-buis pour manger. Ou que très rarement, dans des villages situés à un croisement de routes. Il faut donc s’adapter à cette nouvelle réalité, afin de s’assurer d’avoir assez d’énergie pour terminer notre journée de vélo.

Les villes sont plus rares au Laos. 70% de la population vit en région rurale. Les villes sont tranquilles, semblant fonctionner d’une manière très organisée. De manière générale, le Laos nous apparait un pays très calme, peut-être même un peu trop… C’est donc cette ambiance que nous découvrons en arrivant au Laos.

 

Mais le Laos à vélo, ce n’est pas qu’un retour au calme et des paysages montagneux et ruraux. C’est aussi une rencontre avec soi-même ! Des journées éprouvantes et transcendantes nous attendent.

Avant de se lancer, nous avons besoin d’une pause, car nous avons accumulé une certaine fatigue et avons usé tant nos jambes que nos bras. Même pousser le vélo n’est plus envisageable, lorsque nous décidons d’abandonner l’ascension de cette pente raide. Une pente toride, une pente qui donne chaud ! C’est à ce moment que nous montons dans un pick-up, quelques kilomètres seulement après le camion qui nous avait emmené à la douane Viêtnam-Laos la veille. Nous arrivons à la prochaine ville, Viengxay. C’est là que nous prendrons une bonne pause avant de s’attaquer aux routes de montagne.

Puis vient le temps de repartir. L’appréhension est là : en sommes-nous capables ? Nous sommes requinqués, enfin… on l’espère. Carte du dénivelé, GPS en main, nous partons. État d’esprit : nous avons déjà monté des cols, nous savons donc que ce n’est pas impossible; « Who are you ? » « We are the champions! » (Cf. Discours coaching armée); tout va bien ! Puis nous arrivons à notre premier gros challenge : une petite montée de 4 kilomètres seulement, mais dont la pente se fait bien sentir. Moment de doute : « Jeff, franchement, si c’est pour se galérer comme des tous secs pendant 3 semaines, autant s’avouer qu’on n’en est pas capables et louer une moto ». « Mais en même temps, ça me fait chier de laisser tomber ». « OK, on continue ».

Puis ça redescend. Ah ! Finalement, c’est agréable… Je réalise que le plus dur sera de travailler ma patience. Oui, parce qu’être lent, c’est quelque chose que je dois apprendre à gérer. Nous savons qu’il est vraiment important d’avoir un bon état d’esprit, ce qui demeure bien plus essentiel que la forme physique. Bien que cela ne soit pas une découverte, cela prend un nouveau sens dans le contexte de ce voyage à vélo. Et chaque réalisation de ce genre nous fait évoluer et ce, depuis le début de notre trip.

Dailleurs, la journée du lendemain sera inoubliable. Nous avons parcouru une cinquantaine de kilomètres dans les montagnes, cumulant plus de 1000 mètres de dénivelés. Je puise en moi une ressource personnelle que je n’aurais jamais soupçonnée ! Un dialogue intérieur pour pousser dans les montées, gérer la douleur, etc. La découverte d’une puissante volonté et persévérance… Je repense à cette histoire, indienne je crois, qui dit que l’homme sait davantage explorer l’espace autour de lui que regarder en lui. Le soir, je suis entre rires et pleurs. Mes émotions sont en ébullition. Jean-François, lui, est super calme ! Mais quand même fatigué et tout aussi fier de sa performance.

Nous vivons ainsi des journées riches en émotions. Certaines sont plus faciles que d’autres. Et on constate qu’on ne peut jamais prendre pour acquis les réussites ou difficultés vécues le ou les jours d’avant. Le mental est à entretenir, chaque instant. Nous prenons régulièrement des pauses. Ce qui nous permet de digérer tout ce que nous vivons.

Au fil des jours qui passent, nous nous découvrons un peu plus, tout comme nous découvrons un peu plus un pays et d’autres façons de vivre. C’est intéressant de voir comme notre oeil s’affûte et comme nous sommes de plus en plus sensibles aux habitudes de vie des Laotiens. Ce pays que nous trouvions presque trop calme au début, a maintenant une âme très vivante à nos yeux.

À suivre…

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2 thoughts on Le Laos… – Partie 1

  1. Maurice Elmaleh dit :

    Je reste sans voix et cela m’est arrivé quelquelques fois après la lecture de « Yeux d’Enfants  » … C’est peut être le calme et le silence du Laos que tu décris si bien et qui vous permet de vous connecter encore plus avec vous même .
    Mais cette émotion que je ressens ,vient du fait que je suis conscient depuis le début de l’importance de ce périple ,de ce voyage .
    Je sais que ce sera une des oeuvres majeures de votre vie mais qui ne se terminera jamais . Vous avez commencé quelque chose qui ne s’arrêtera pas et qui restera toujours en mouvement . D’une certaine manière vous changez le monde pour le mieux , on se sent plus humain , un peu plus fier , et notre petie vie a un peu plus de sens …
    Je pense à vos enfants ,votre famille et vos proches , c’est un fabuleux cadeau que vous nous faites .
    Je vous embrasse fort .
    Mo

  2. Merci Maurice pour ton commentaire, et à tous par la même occasion, qui nous accompagnez par la pensée et nous permettez de partager ce que nous réussissons à retranscrire de cette experience riche, à différents niveaux. C’est très fort ! et, comme chaque chose qui nous paraît importante à nos yeux, dans nos vies, nous voulons les partager avec nos proches et tous les autres. Merci !

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